mercredi 25 novembre 2009

Un entretien entre David Meulemans et Grégory Mion publié sur le site Contre-feux.com

Le site "Contre-feux.com" vient de publier un entretien avec David Meulemans (responsable fondateur des Editions Aux forges de Vulcain), recueilli par Grégory Mion. Le besoin de concision qui est lié à cet exercice à parfois du bon et fait saillir plus nettement certaines originalités du projet d'AFDV. Merci à Grégory Mion pour sa curiosité et ses questions!


- Et n'hésitez pas à laisser, dans les commentaires du présent blog, vos questions et remarques!

Les forgerons


Ps: La photo qui illustre l'entretien a été choisie par Contre-feux.com. Est-ce un hommage inconscient à la belgitude refoulée de David Meulemans?

mercredi 18 novembre 2009

L'art de proposer un manuscrit

La collection "Littératures" publie des romans qui, pour moitié, sont contemporains. Nous examinons donc attentivement les manuscrits qui nous sont adressés. Pendant longtemps, nous nous sommes contentés de solliciter notre réseau amical pour récolter des manuscrits. Toutefois, il nous est apparu que les conditions historiques qui ont fait naître ces amis lettrés ont sans doute aussi fait naître d'autres tempéraments semblables, mais que les circonstances ne nous ont pas encore fait rencontrer. Nous ouvrons donc nos collections aux collaborations extérieures - à ces semblables que nous ne connaissons pas encore.



Cela étant dit, nous portons ces quelques points à l'attention des candidats:

  1. Nous avons un projet littéraire précis. Parcourez le présent blog pour vous faire une idée.
  2. Nous examinons les manuscrits qui nous sont soumis par voie postale. Les manuscrits ne sont pas retournés. - Nous pensons que demander ce petit effort de la part des auteurs permet de les encourager à se renseigner sur leur destinataire.
  3. Nous n'acceptons pas les "projets d'ouvrage". Mais nous acceptons les projets de traduction. Donc, si vous avez un projet de traduction qui, à vue de nez, entre dans notre projet, vous pouvez nous écrire. Notez cependant que nous rémunérons les traductions selon le code des usages et les recommandations de l'Association Fançaise des Traducteurs Littéraires. Nous publions donc peu de traductions.
  4. Nous vous suggérons de joindre à votre manuscrit, sur une feuille d'une page, les indications suivantes:
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  • TITRE DE L’ŒUVRE
  • NOM et PRENOM DE L’AUTEUR
  • ADRESSE
  • EMAIL
  • GENRE DE L’OUVRAGE (Roman d’éducation ? roman d’aventures ? roman policier ? Fantasy ? autre ?)
___________________________________

  • PRESENTATION DE l’ŒUVRE (en trois lignes)
(Quel est le sujet de cet ouvrage ? Pouvez-vous résumer l’ouvrage ? Décrivez-le.)
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  • PRESENTATION DE l’AUTEUR (en trois lignes)
(Qui êtes-vous ?)
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  • POURQUOI VOUS ADRESSEZ-NOUS CE MANUSCRIT ? (en trois lignes)
(Avez-vous lu notre projet éditorial ? Pourquoi pensez-vous que cet ouvrage peut nous intéresser ?)
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N’oubliez pas de joindre votre manuscrit à cette fiche. Nous préférons que les manuscrits qui nous sont adressés soient imprimés sur des feuilles A4, police 12, interligne 1,5, pages numérotées. Les manuscrits ne sont pas retournés à leurs auteurs.

* *
*

Nous espérons que ces quelques mots vous aideront dans votre démarche. N'hésitez pas à faire suivre cette annonce par mail ou via Facebook (et n'hésitez pas à rejoindre notre groupe Facebook).

Les forgerons



samedi 14 novembre 2009

Petites évolutions...

Cher lecteur!

Voici quelques évolutions:

  • Notre site Internet a été retapé (il en avait besoin). Nous y avons indiqué que nous acceptions désormais les manuscrits. Ce n'est pas un changement de politique ou de stratégie. Mais, de toute façon, nous recevons beaucoup de manuscrits. Donc, désormais, nous indiquons que nous prenons bien les manuscrits - tout en conseillant très fortement aux écrivants de lire notre projet éditorial, détaillé sur le présent blog. - Pourquoi ce revirement? Eh bien, un correspondant nous a indiqué que ce refus de prendre les manuscrits pouvait être interprété comme un manque de générosité de notre part. - Il a piqué notre honneur - bien joué de sa part.


  • Nous avons supprimé de notre site la mention de notre intérêt pour les idées "participalistes": nous nous pensons toujours attachés aux idées participalistes, mais trop de correspondants se méprennent sur ce mot et pensent que nous pratiquons le compte d'auteur... Or, ce n'est pas le cas: nous sommes une maison d'édition "classique" sur ce plan et ne pratiquons que le compte d'éditeur.
  • Nous avons rétabli la possibilité de laisser des commentaires sur le présent blog. Cela a été fait avec crainte et tremblement, car la perspective d'effacer régulièrement de la pub pirate ne nous enchante guère... mais, qui sait, il y aura peut-être, entre différents messages publicitaires, des mots d'amour ou, plus pratique encore, des réflexions intéressantes de nos lecteurs? (nous avons reçu quelques messages très intéressants qui ont permis de riches conversations - alors, nous envisageons l'ouverture des commentaires avec davantage d'enthousiasme!)

Les forgerons.

mercredi 11 novembre 2009

2012, mais pas de la même façon (explications).

"L'un l'autre" est une nouvelle de Jérémy Nabati. Elle ouvre la première partie de "Comnent errez-vous?", un recueil de textes qui forme la seconde partie du volume Question de l'être et beauté féminine, le premier roman de Jérémy Nabati, publié aux Editions Aux forges de Vulcain.

Alors que sort en salles aujourd'hui un film catastrophe (2012, de Roland Emmercih), qui narre la fin du monde en 2012, à grand renfort d'immeubles tombés, de mers démontées et d'avions écrasés, il nous a semblé cocasse de mettre en valeur ce petite texte, poétique et drôle, dans l'espoir que, peut-être, la communication assommante sur ce film intéresserait les internautes égarrés à un traitement plus subtil du même sujet. - (Ce serait une belle prise du jujitsu, en tout cas.)



Vous pouvez vous procurer le roman Question de l'être et beauté féminine de Jérémy Nabati en cliquant sur ce lien. Vous pouvez bien sûr vous rendre en librairie et le commander auprès de votre libraire. L'ouvrage a reçu un accueil favorable, ici résumé.

Si vous aimez cette nouvelle - n'hésitez pas à la faire suivre, à la recommander.

- Nous avons beaucoup de projets pour ce livre (adaptation audio, adaptation BD, traduction anglaise). N'hésitez pas à vous abonner à ce blog pour être tenu informé!

Les forgerons


Ps: j'admire particulièrement, sur l'affiche de
2012, l'élégance que conserve le moine devant le cataclysme. Je suppose que, face à la fin du monde, c'est la seule chose qui reste, l'élégance. Mais qui peut ne pas être élégant, dans une robe orange?




2012, mais pas de la même façon.



L’UN L’AUTRE


Une farce eschatologique de Jérémy Nabati


Dieu est mort – vive Dieu !


A la lumière de.
A l’aube dès
l’aube
Il y en avait partout, ça collait aux doigts – s’il y avait eu des doigts.

Tout était par-dessus par dessous, sens dessus-dessous.
C’était pas comme maintenant. A ce moment là, on ne pouvait pas encore dire « maintenant » – façon de parler.
C'est-à-dire ?
On ne pouvait dire grand-chose, encore, on ne pouvait pas dire – pas le dire.

Alors ? Qu’est-ce qu’on faisait ? Qu’est-ce qu’il y avait ?

Il y avait plein de choses, ça grouillait de partout. On ne peut pas dire qu’il y avait des poissons, ou des bisons ; il n’y avait pas rien non plus, c'est évident.
Alors il trouva que c’était bien, cependant. Ne me demande pas pourquoi, je ne sais pas – il trouva que c’était bien. Plusieurs fois d’ailleurs, c'est confirmé.

- Mais qu’est-ce qui était bien ?

Eh ben tout ça quoi, tout ce truc grouillant collant, sans insectes, sans être vivant encore, sans rien à proprement parler. Je ne sais pas pourquoi, ne me demande pas, c’était comme ça, à l’époque – sans époque encore.

- Mais au tout-tout-tout-début y avait quoi ?

- Tu veux dire avant ce truc ? Rien de spécial ; c'est ça le pire…
Et encore, non, le pire – était à venir.

*

5772 ans plus tard – soit en 2012 après la naissance du fils – le téléphone sonna.

Sonnerie : dance latino type « Ricky Martin »

Aucun nom n’était affiché sur le cadran du téléphone – mais, s’il avait eu un peu plus de jugeote, il aurait vu que la somme des chiffres correspondait à la valeur numérique de celui qui n’a pas de nom.

« Allo ? dit-il.
- C'est moi.
- Mais qui, moi ?…
- Je suis celui qui est.
- … … et… qu’est-ce que je peux faire pour vous ?
- tu peux me tutoyer, tu sais.
- qu’est-ce que je peux faire pour toi, alors ?
- écoute… au début, quand tout a commencé, je pensais, je trouvais que c’était bien, vachement bien même, plusieurs fois même j’ai trouvé.
- ah…
- et maintenant, comment dire… je sais plus trop, en fait… enfin si, je sais, car je sais tout, mais – euh, bon…
- j’ai du mal à te suivre, en fait…
- oui ben, je vais faire simple alors, parce que t’as pas l’air comment dire très futé, enfin bon je t’ai choisi je sais plus pourquoi – bref, c'est toi maintenant. Alors voilà, tu vas te rendre… euh… à ton travail, en fait, comme d’habitude, oui voilà – et… je compte sur toi, oublie pas : c'est toi que j’ai choisi.
- mais qu’est-ce que je fff… ? » - tuut, tuut… Raccroché.

Il pose le téléphone et prend un air interloqué.

Merde alors, pourquoi moi ? J’étais tranquille, au chaud, chez moi (en train de regarder la télé), et il a fallu que ça tombe sur moi ! sur moi !!!! mais qu’est-ce que je lui ai fait, nom de d… – ah
mince il faut
que je fasse gaffe à
ce que je dis en plus
maintenant,
maintenant que je… que c'est moi qui… pfffff, je me serais bien passé de ça – il est tellement pas clair (en plus) ! j’ai rien, rien, rien compris à ce qu’il a dit – putain mais pour qui il se prend ? Je suis celui qui tatati gnagna gna…. – et ta mère ?

Bon.
En tout cas – pour
l’instant
ça va, non ? il m’a dit d’aller
au boulot, normal
comme d’hab’ quoi
oui, c'est ça,
comme d’hab’
qu’Il a dit…

*

Pas évident, d’être prophète. Surtout en 2012 (à sa décharge)… un coup de fil, l’Autre le met devant le fait accompli, sans rien justifier, rien – trouvait ça bien, trouvait ça bien…
Alors qu’est-ce qu’il va faire ? qu’est-ce qu’il va se passer ? C'est quoi, son message, sa comment dit-on – prophétie ?
Il va nous annoncer quoi ? Et – si on le croit pas ? Pas sortis…
Revenons à lui, à lui donc. Il va au bureau, au boulot, comme d’habitude mais en fait non pas tout à fait – il n’arrive pas à y aller comme d’habitude, parce que d’habitude il ne se dit jamais : « j’y vais comme d’hab’ ». Il y va, c'est tout. Merde. Ah ça commençait mal, Il avait réussi à foutre la merde… merde merde merde ! Il m’a dit d’y aller comme d’hab’, mais j’y arrive plus à cause de Ses conneries… bon, concentrons-nous – d’habitude je pense à quoi quand j’y vais, si je pense pas au fait que j’y vais « comme d’hab’ » ? Ah oui, la nana au fond du bus, là, voiiiilà… tourne-toi un peu… ah oui ! joli… petite trace du slip à travers le pantalon… relativement bien coupé ; j’aime bien les culs bien hauts, comme ça, ça fait vraiment très chevalin, ou hippique je sais pas, comme une croupe quoi… les jambes, pas mal… fait voir sa gueule ? mouais, dommage, un peu carrée, menton en avant – remarque, ça va bien avec le cheval – petit rire intérieur…
Et l’autre vieux, là ? ah mais oui, je l’ai déjà vu, avec son caniche… je sais pas pourquoi, à chaque fois il me fait de la peine. On dirait un enfant avec sa peluche ; et je sais pas lequel des deux est le plus à plaindre. Ça doit être leur couple, en fait, leur côté usés et abandonnés tous les deux, je vais les emmener à la SPA. On prendrait presque dans ses bras le vieux qui a dans ses bras le caniche qui… mais quand le chien va mourir, ça va être terrible pour lui… merde. En attendant, ça a l’air d’aller, remarque. Ah oui je descends à la prochaine, juste derrière le beau cul c'est bien ça, vite, pardon mademoiselle, mais non t’en fais pas je vais pas te pincer prends pas cet air de vierge, putain… tu ferais la gueule aussi, si personne te regardait – alors…

Le bus s’ouvre, et il en descend, avec un air pénétré dans ses narines.

*

Au bureau.

11h13 et 23s seulement. Ça veut dire que j’ai regardé ma montre il y a 6 minutes seulement. C'est chiant je me force à pas la regarder plus pour être agréablement surpris, me dire ah déjà ! bientôt la cantine… , et non, au contraire, ça me ralentit mon temps… qu’est-ce qu’il fait l’autre con, là-bas, à se pencher par la fenêtre… il est vraiment con çuilà alors – soupir – encore une demi-heure…

Wouaf wouaf (aboiements de chien du téléphone) : vous avez 1 nouveau message texto.

Même numéro… ah je L’avais oublié, Lui, fait voir qu’est-ce qu’Il me veut encore :

G oublié 2 te dir
i fo ke t annons
ke je vé détruir le mond
si person i fé pénitens

Hein ? « pénitens » ?… pénis, ça c'est la bite…. péniche, le bateau, t’imagines, avoir la bite grosse comme un bateau ! – c'est les portugaises d’ailleurs, qui disent « mon mari il a une groche péniche » rrrr rrrr rrrr ! – euh attends, alors… pénitens… pénitens… goglons, gogolons « pénitens » sur gogole – mon ami ! (il aimait bien se tutoyer lui-même) : p-é-n-i-t-a merde ! p-é-n-i-t-e-n-s – ça y est, je te lance la recherche en moins de deux, 12 365 résultats, holà, vas-y montre le premier – clic !

Tamara ou le lac des pénitens par le chevalier de Boufflers (1810) « La fille de Therma Rajah (le bon roi) était en méditation sur le sommet de Richi-Sombo, le mont des contemplations. Indra, qui regarde à la fois toutes les choses, et chaque chose, observait la pieuse Monghir au pied de l'arbre saint, planté par Ardjown sur le sommet du mont ; pour servir aux saints personnages exténués par le jeûne, et pour ombrager le lac de Tamara, qui n'est formé que des pleurs des pénitens. Ses eaux, bien que plus transparentes que l'air serein, ne représentent point les traits de ceux qui viennent s'y regarder ; mais, par un prodige de celui qui peut tout, ce sont les âmes qui s'y peignent elles-mêmes sous des formes expressives et avec les symboles de leurs vertus ou de leur vices. Honneur et gloire à Brama, le père et l'ami des âmes. (…) »


Bon à part tarama je comprends rien – d’ailleurs ça me donne faim ces conneries clic ! vite, mon site préféré :

Menu du mardi 12/04/2012

Entrées
Céleri rémoulade
Betterave à la slave
Avocat cocktail

Plats
Poisson pané à l’antillaise
Daube aux carottes
Frites ou riz

Desserts
Mamie Nova
Chocolat liégeois

Clic ! – on va prévenir Steffo :

Créer un nouveau message mail : À : Steffo (Stephane.Tiers-compta@rsttp.fr) Objet : A ton avis ? Message : 11h43 pétantes en bas de l’escalator, vieux chnok?!
Envoyé ! yes ! il me fait marrer, ce Steffo…

Bon, plus qu’un quart d’heure…

Ah oui, pénitense – pénitense, pénitense, pénitense… il veut qu’on fasse pénitense, qu’on fasse du tarama, sinon, il va tout casser… Mais les gens, ils vont pas s’y mettre comme ça ! qu’est-ce qu’y croit (rire) !!!…
remarque s’il pète tout, autant en profiter… j’me dis, tu vois… la petite Valérie du service commandes, avec sa grosse paire là… bam, dans ton c… ! aaaahh allez arrête, va – tu rêves mon vieux, va…

Des gargouillis.

*

En prenant son plateau de cantine, et en badgeant sa carte de cantine, il fredonnait, sans le savoir, un air nouveau tout droit sorti de son cerveau :

« You are the only one You are the only one You are the only one The Only Only One »

Et il ne pouvait pas s’arrêter, car c’était entraînant, plus que la Compagnie Créole presque. Et il y avait une suite :

« You are the only one You are the only One You are the only one You are the only one The Only Only One »
Et ça reprenait ensuite, en boucle. Il ne comprenait pas pourquoi, mais il avait l’impression d’avoir toujours connu cette ritournelle, de la retrouver – ça lui donnait presque envie de rire (encore). Et en poussant plus loin dans la finesse, on aurait pu dire qu’il y avait de la confiance là-dedans ; et de la puissance ; et de la joie – tout ça mélangé, tiens oui. Envie de danser, un peu… remarque pourquoi pas ? ses collègues savaient bien que le midi, souvent, il pouvait pas s’empêcher de faire le con : taquiner les autres dans la file, changer les paroles de chansons connues en y mettant les prénoms des collègues femmes, bref… Il se sentait fort, quasiment. Alors qu’il n’avait pas pris son café (celui du midi) – alors qu’il n’en était même pas à l’entrée, c'est pour dire.

Le meilleur c’était la chute dans cette chanson, c'est vrai :
« The Only Only One »
Il avait hâte d’y arriver, à chaque fois, et de rebondir, de recommencer, de re-remonter le couplet comme un saumon une cascade (en faisant des sauts hors de l’eau, hop hop hop).

A table avec Steffo, l’éternel collègue de la compta, et Jipé, du service courrier :

Le prophète : - Pas mauvais ce piti piti pouasso à l’antillaise, hein Steffo ? (rires)
Steffo : - hmm… ça va…
Le prophète : - eh les gars, vous savez comment on fabrique le tarama, vous ?
Jipé : - … bah, t’es con ou quoi, tu le fabriques pas, tu l’achètes ! (Jipé pouffe)
Le prophète : - ouais mais, comment c'est fabriqué ? et pis c'est rose en plus !…
Jipé : - bah, c'est du poisson quoi… c'est… c'est comme les rillettes en fait, tu vois, c'est bah les… les, rillettes de la mer – ben oui ! (grand sourire de Jipé avec un petit bout de salade sur la dent)
Le prophète : - t’as raison – ouais, Jipé, c'est ça !…

Donc, reprenons, y veut qu’on fasse des rillettes de la mer – sinon y casse tout. Putain. Je sens qu’y va tout casser. Des rillettes maritimes. Comme avec le cochon… cochon de mer, la mer à boire quoi, rillettes à boire… j’aime bien moi, boire au bord de la mer, mais des rillettes – tiens c'est marrant ça rime avec fillettes, fillettes à boire ça veut rien dire… du rhum des femmes, quoi, mais en plus jeunes, d’ailleurs, ouais, il parlait de jeune aussi dans le texte, là… il veut, qu’on aille boire, avec des femmes, jeunes, au bord de la mer : qu’on les fasse boire, en prenant l’apéro, en mangeant des rillettes – sinon y casse tout…

Ah ouais c'est plus clair
comme ça ah –
je vais pouvoir
manger mon chocolat liégeois
l’esprit léger
léger
comme la chantilly
de mon chocolat liégeois

miam !… (comme dans les publicités, il imagine le bruit discret de la cuillère au contact de la mousse – et ensuite il la met à l’envers dans sa bouche, comme dans les publicités)
Soulagement. Bien joué, ptit gars ! t’es un vrai Mc Gyver de l’énigme, en fait, et je me souviens il avait toujours son couteau suisse sur lui Mc Gyver il résolvait tous les problèmes avec ce petit couteau suisse. Là, quand même, ça paraît plus faisable… alors on va aller à la mer ce week-end mon ami, hein, je connais un endroit bien et là, là ça va – draguer sec (avec l’aide de Dieu) !

*

(Le soir, ordinateur allumé dans le noir)

Tiguidong ! God59 vous invite à tchatter :

alors comment ça se passe ?

…tiens… qui c'est – ‘alors comment ça se passe’… (mouvement des lèvres sans prononcer) ‘god59’… ah, je vois, encore Lui. Attends :

ça va ça se passe

quoi de neuf ?

quoi de neuf quoi de neuf… ah – je sais ce que je vais répondre :

la moitié de 18

très drôle bon alors t’as pas répondu à ma question

ben j’ai fait comme t’as dit comme d’hab et j’ai reçu (et compris) ton sms pas évident dis donc :-)

c'est bien c'est ce dont je voulais m’assurer

mais

quoi encore ?

pourquoi tu fais pas tout sauter maintenant t’attends quoi ?

le Messie lol d’autres questions ?

oui

pourquoi moi ?

écoute

tu poses trop de questions – God59 est à présent déconnecté. God59 est à nouveau connecté. God59 est en train de rédiger un message – Tiguidong !

et tu penseras à brûler la myrrhe et l’encens en mon honneur oublie pas c'est important que tu le fasses – God59 est à présent déconnecté.

« la myrrhe et l’encens », c'est la meilleure, ça : comme si j’avais que ça à foutre, moi
des recherches
gogle
toute la journée…

*

Il gara sa voiture, et, avant de sortir de sa voiture, il ouvrit la portière de sa voiture. Ensuite, une fois sorti de sa voiture, il ferma la portière de sa voiture, et appuya sur le bouton de la fermeture centralisée – clap ! toujours une petite jouissance, ce bruit, quoiqu’on en dise…

Sur le capot, fumant, des embruns venaient se déposer et repartaient aussitôt (trop chaud).
Il y avait un estuaire, pas trop loin, et puis une jetée, au bout de laquelle il n’y avait pas de phare.

Avant de pousser la porte du fameux bar il regarda au travers des vitres du fameux bar. Au comptoir, il y avait quelques habitués, de la fumée malgré l’interdiction, et une femme qui faisait du racolage passif – malgré l’interdiction.
Ah merde, ya personne… c'est vrai que
d’habitude
je viens plutôt
en été
Mais bon…
ah
c'est con ça !

La mer était démontée, mais lui ne se démonta pas – persista, signa, poussa la porte des deux mains, s’essuya chaque pied sur le welcome du paillasson, et alla se planter entre les clients et la cliente.

Elle avait quoi – allez, une quarantaine d’années : perruque blonde, jupe brillante, collants avec un trait noir vertical, talons en métal (acier galvanisé ?), rouge à lèvres tout à fait rouge sur les lèvres – puis des beaux yeux peints en perroquet (d’un vert vert). Elle était, oui, un tout petit peu rondelette – mais non moins sexy, loin de là mais où ça ?.
Finalement il avait commandé un café – euh et puis non un Pastis comme en été, maintenant qu’il était là…

Evidemment, elle commença à le regarder du coin de l’oeil mais pas que, en fumant de ses deux doigts boudinés une cigarette mentholée dont elle semblait lui dédier chaque bouffée plus sensuellement encore. Lui, sous prétexte de profondeur, avait fixé ses yeux comme dans le vide sur le relief de ses cuisses – par contre, il aurait fallu qu’il se tourne vraiment vers elle pour voir un peu son décolleté : ils avaient l’air pas mal, quand même…

*

En sortant de là, il releva son col de chemise comme dans les films. S’installa dans sa voiture – c’était là qu’il était le mieux, en fait, vraiment chez lui : personne ne venait l’emmerder, siège ajustable-réglable grâce à une molette latérale, sapin magique ambiance vanille, on / off, play, mégabass…
Dieu, qui commençait à trouver le temps long, suscita une baleine pour attirer son attention – mais l’autre ne vit rien, tout occupé qu’il était à détailler les voyants lumineux de son auto-radio. Alors Il suscita un PV sur son pare-brise, dans lequel il lui ordonnait de « retourner à la Capitale afin d’y inviter la population à revêtir le silice, dans l’attente du jugement ». Mais, en raisons de Ralentissements sur l’A27 à hauteur de – allez rétro, cligno, et je prends la première sortie à droite : itinéraire bis.


[Cette nouvelle est extraite de Question de l'être et beauté féminine de Jérémy Nabati. Paris: Aux forges de Vulcain, 2009. Ouvrage disponible à la vente ici.]




vendredi 9 octobre 2009

Eléments d’une stratégie éditoriale non-conformiste

Quand on entreprend un travail ambitieux et original, il faut être prêt à le poursuivre et à le défendre malgré l’adversité. La principale force qui permet de mener cette lutte est la certitude morale que l’on doit puiser dans l’évidence de sa vocation. Mais comment s’assurer que l’appel que l’on croit entendre est une vocation sincère et non une illusion ? Car il existe de fausses vocations d’éditeur, comme il existe de fausses vocations d’écrivain.

Les fausses vocations d’écrivain sont nombreuses. On les décèle dans l’écart perceptible, chez certains écrivains, entre l’emphase qu’ils ont à parler de leur œuvre et le déplaisir qu’ils ont à effectivement produire des œuvres. Ces écrivains veulent être écrivains, mais ils ne veulent pas écrire. Ils veulent avoir achevé leur livre, le défendre, le promouvoir, mais l’écrire, cela leur pèse.

Cet écart est très répandu dans les métiers dont l’économie repose sur des productions intellectuelles ou culturelles. Il est d’autant plus répandu qu’il répond à une double tendance, l’une liée à la nature humaine, l’autre à l’esprit français.

Car tout être humain à besoin de ressentir la vérité et la nécessité de son existence. Cette vérité et cette nécessité peuvent s’éprouver de deux manières – soit on se sent vivre, soit on a besoin de la validation extérieure de son existence propre. En bref – soit on ressent du plaisir à écrire quand on écrit car on sent le libre déploiement de ses facultés, soit on a besoin qu’autrui approuve explicitement le produit de nos mains. L’embarras est que le regard d’autrui se pose sur le produit de nos mains, pas sur l’expérience intime de sa production. On risque toujours de s’aliéner dans le besoin de flatter – et de perdre tout contact avec ce qui est en fait la seule véritable instance de validation de notre existence : le sentiment d’existence.

Une autre tendance dépend davantage de notre tempérament national. En effet, la France n’est pas née démocratique, elle a cherché à le devenir – mais sa longue histoire autoritaire continue à s’exprimer sous son masque démocratique. Ainsi, les titres et les statuts continuent à valoir davantage que les actes. On ne veut pas écrire, on veut être écrivain. On ne veut pas éditer, on veut être éditeur – jouer à l’éditeur, jouir de ses privilèges et de sa reconnaissance.

Tout éditeur naissant doit accepter l’existence de ces deux tendances à lui – et se demander si elles ne sont pas le vrai moteur de ses actions. Son souci doit être de réfléchir à entraver ces tendances néfastes et, ainsi, à chercher à déterminer dans quelle mesure sa vocation est vraie et non une expression éclatante d’un narcissisme latent.

Comment ne pas être conformiste ?

Une manifestation cocasse de cette tendance narcissique est qu’elle dispose souvent à adopter des positions très conformistes. En effet, si la validation du travail doit venir, non de l’examen de soi, mais d’une instance extérieure, on se dispose à produire des œuvres dont l’insertion dans le commerce symbolique sera aisée – il faut produire des œuvres conformistes si l’on veut être reconnu. Cela ne signifie nullement que tout ce qui est reconnu est conformiste. Mais, simplement, ce qui est conformiste a plus de chance de prendre place dans l’économie des biens symboliques.

Un conseil qui est souvent adressé aux jeunes éditeurs est de regarder ce qui se fait – et de faire quelque chose qui y ressemble. Ce nécessaire travail de mimétisme est présenté comme un moyen de faciliter l’insertion de la nouvelle maison d’édition dans le paysage. Assurément, une telle stratégie présente quelques gains. On donne des gages de sérieux. Mais cette stratégie a aussi un coût important, que les agents du monde du livre mesurent souvent mal.

Ce coût est que, si l’effort des nouveaux entrants est consacré à faire la même chose que leurs prédécesseurs, mais avec moins de moyens, ils se condamnent à la marginalité et à la médiocrité.
Or, l’examen de l’histoire des arts et des lettres montre que les révolutions symboliques sont l’œuvre d’outsiders, d’agents qui essayent, non de suivre la règle donnée par l’économie en place, mais d’imposer leur règle à cette économie symbolique. Un insider a ce travers de prendre les faibles nuances entre les productions existantes pour des différences radicales. La perspective de l’outsider lui permet de mieux discerner ce qui est la nouveauté radicale de ce qui est une simple coquetterie.



Cette affirmation de la nécessité de refuser la mise au pas n’est pas une défense de l’ignorance. Car les outsiders qui sont les auteurs de révolutions symboliques présentent tous une seconde caractéristique importante : ils sont toujours issus d’un autre champ structuré où ils ont acquis une formation initiale forte. En ce sens, les écarts qu’ils marquent par rapport à la norme sont des ruptures volontaires, et non des défauts ou des manques.

La stratégie radicale

Concrètement, un libraire nous a dit que physiquement nos livres ressemblaient trop peu aux livres qui se font. Il désignait ainsi leur facture – et non les textes qu’ils renferment. Cet avis contient une part de justesse, dans la mesure où nous avons sans doute sous-estimé le fait que les lecteurs, quand ils ne connaissent pas le nom de l’auteur, achètent souvent en librairie les livres pour leur bonne mine. C’est là un fait indéniable. Toutefois, de la considération de ce fait, nous ne tirons pas la même injonction stratégique que ce libraire.

Ce que ce libraire nous suggère, c’est de nous aligner sur ce qui se fait. Ce que nous envisageons, c’est de distinguer la diffusion de nos livres de celle de nos textes. Pour vendre des livres, il est difficile de contourner complètement les librairies. Nous ferons un effort de graphisme sur nos livres. Mais le travail éditorial consiste à diffuser des textes, dont le livre n’est qu’un des supports. Nous travaillions donc à des stratégies pour diffuser nos textes en les détachant de la circulation matérielle des livres - parallèlement à un travail de diffusion en librairie.

Une des marques les plus nettes du conformisme des nouveaux entrants dans le monde de l’édition, c’est leur attachement au livre. S’il est vrai que le commerce des libraires est bien le commerce des livres, il est dommage que les éditeurs oublient que leur commerce à eux, c’est le commerce des textes. En adoptant la position des libraires, ils se condamnent à un regrettable conformisme stratégique : on trouve parfois de brillants tacticiens dans l’édition, mais c’est un champ économique qui est pauvre en stratèges.

Ce manque d’imagination stratégique se manifeste aussi dans le mode d’élaboration des nouvelles structures éditoriales. Pour mieux s’insérer dans l’économie du livre, les nouveaux entrants vont être tentés de dupliquer l’organisation des structures existantes. Mais, ainsi faisant, ils procèdent de manière mécanique, créant un organisme dont les membres sont copiés artificiellement et non surgis naturellement de besoins réels. Métaphoriquement, en prenant des membres de cadavres morts et en les accrochant, ils fabriquent des monstres sans âme, comme Viktor Frankenstein.

Des structures éditoriales, il faut faire table rase, si on commence dans l’édition – il faut chercher à créer du vivant, à faire émerger un organisme et non à dupliquer des structures. Concrètement, il faut, à chaque étape, à chaque progrès de la structure, se demander si les exigences de normalisation du marché du livre sont légitimes, ou des erreurs.

La crise du marché de l’édition

Cette disposition au conformisme, souvent assortie d’une profession de foi radicale, peut éclairer un lieu commun du marché de l’édition, cette croyance tenace en la crise de l’édition. D’un côté, cette crise est toute relative depuis quelques années, dans la mesure où nombre de gros éditeurs se portent bien. Mais, d’un autre côté, il est vrai qu’un large pan de l’édition moyenne et petite repose sur le bricolage économique, le bénévolat, les illusions narcissiques de chacun et la violation du droit du travail. Il y a donc bien un sentiment de crise chez certains.

Mais c’est là une crise si ancienne qu’il est difficile de penser qu’elle puisse être conjoncturelle. Elle semble indissociable de ce secteur d’activité. Dans cette mesure, quel est l’élément structurel qui explique cette crise permanente ?

La raison de la crise permanente de l’édition, c’est que les agents de ce marché ne sont pas mus par leur intérêt bien compris, mais par un narcissisme mortifère, qui les dispose à consacrer à leur travail trop de temps, d’argent, ou d’énergie – par rapport aux effets réels de leur investissement. Ces efforts ne sont pas faits en vains, dans la mesure où ils sont rétribués psychiquement et symboliquement, mais, d’un point de vue économique, ce secteur est structuré par la complète irrationalité de la plupart de ses agents.

Cette irrationalité présente une première difficulté, dans la mesure où un nouvel entrant, qui aurait des dispositions à la plus parfaite rationalité, se trouverait placé d’entrée en concurrence avec des agents qui ne s’inscrivent pas dans le même espace que lui. Mais ce point peut être surmonté. D’ailleurs, l’irrationalité des agents n’est pas en soi un problème. Il pourrait même être interprété positivement : après tout, rien de grand ne se peut faire sans passion et sans excès.

Cependant, l’irrationalité ici à l’œuvre est d’un genre particulier – c’est un narcissisme, un désir éperdu de conformisme, une passion infinie pour la médiocrité. Ce narcissisme est une disposition commune de tous les agents. Comment lui résister ? En effet, la sincérité de l’engagement de notre petite maison est régulièrement éprouvée. Pour l’instant, nous nous imposons des contraintes qui affirment notre résistance aux incitations du milieu : appelés à nous normaliser, dans nos textes, dans l’apparence de nos livres, dans nos stratégies de diffusion, nous n’avons pas changé de cap.

Notre vocation éditoriale demeure vraie.

Le forgerons.



mardi 6 octobre 2009

Nouvelle librairie: Le Genre Urbain

Chers lecteurs,

Une nouvelle librairie a accepté de prendre nos ouvrages, c'est le "Genre Urbain", à Belleville (Paris).

30 rue de Belleville 75020 Paris M° Belleville
Ouvert du mardi au dimanche de 10h00 à 19h30.
http://www.legenreurbain.com/

Pour certains d'entre vous, cette librairie est située au bout du monde - mais, pour d'autres, elle est au bout de la rue. Il est alors possible, et désirable, de lasser ses chaussures, de marcher un peu et de valoriser la curiosité de ce libraire - en lui achetant un des trois livres suivants:

Marie, Charles. Contretemps.
Nabati, Jérémy. Question de l'être et beauté féminine.
Collectif. La mémoire, outil et objet de connaissance.